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Jeunes années

Jean Cocteau est né à Maisons-Laffitte dans une famille bourgeoise de Paris. Son père, avocat et peintre amateur, se suicide lorsque Cocteau a neuf ans. Dès l'âge de quinze ans, Cocteau quitte le cocon familial. Il manifeste peu d'intérêt pour les études et n'obtient pas son baccalauréat. En dépit de ses œuvres littéraires et de ses talents artistiques, Cocteau insiste sur le fait qu'il est avant tout un poète et que tout travail est poétique. Il publie son premier livre de poèmes, « La Lampe d'Aladin », à 19 ans. Cocteau devient alors connu dans les cercles artistiques bohémiens comme le 'prince frivole'. C'est sous ce titre qu'il publie à 21 ans, en 1910, son second recueil de poèmes. Edith Wharton le décrit comme un homme pour qui « chaque grande ligne de la poésie était un lever de soleil, chaque coucher du soleil la base de la ville merveilleuse... ».

Dans les années 1920, Cocteau s'associe avec Marcel Proust, André Gide et Maurice Barrès. Il est également fasciné par le maître des ballets russes, Serge de Diaghilev. De sa collaboration avec l'artiste russe nait « Parade », ballet produit en 1917 par Diaghilev, avec des décors de Pablo Picasso et une musique composée par Erik Satie. Cette œuvre inspire à Apollinaire le néologisme de surréalisme, repris ensuite par André Breton et Philippe Soupault pour la création du mouvement culturel que l'on sait. Cocteau a une grande influence sur le travail des autres, dans le groupe même composé par ses amis : « Les Six ».


Amitié puis amour avec Raymond Radiguet

En 1919, il rencontre le poète Raymond Radiguet. Les deux collaborateurs entreprennent beaucoup de voyages ensemble, Cocteau étant exempté du service militaire. En admiration devant le grand travail littéraire de Radiguet, Cocteau promeut les travaux de son ami dans son cercle artistique, et s'arrange pour faire publier par Grasset Le Diable au corps (une histoire en grande partie autobiographique sur le rapport adultère entre une femme mariée et un homme plus jeune), exerçant son influence pour recueillir le prix littéraire du "Nouveau Monde" pour le roman.

La réaction de Cocteau à la mort soudaine de Radiguet en 1923 crée un désaccord avec certains proches qui déclarent qu'il l'a laissé désespéré, découragé et en proie à l'opium. Cocteau n'aurait même pas assisté à l'enterrement. Mais Cocteau n'assiste généralement pas aux enterrements. L'auteur quitte alors aussitôt Paris avec Diaghilev pour une représentation de "les Noces" par les ballets russes à Monte Carlo. Cocteau lui-même qualifie beaucoup plus tard sa réaction comme une "réaction de stupeur et de dégoût". Son penchant pour l'opium à cette époque-là, Cocteau l'explique comme un simple hasard lié à la liaison fortuite qu'il vit avec Louis Laloy, le directeur de l'opéra de Monte Carlo. La dépendance de Cocteau envers l'opium et ses efforts pour s'arrêter changent profondément son modèle littéraire. Son livre le plus notable, Les Enfants Terribles, est écrit en une semaine lors de son laborieux sevrage.

L'amitié de Cocteau avec Radiguet aurait en fait été une liaison amoureuse, intense et souvent orageuse, mais aucune preuve ne permet de le justifier.


Maturité

Dans les années 1930, Cocteau aurait eu une liaison avec la princesse Nathalie Paley, la belle-fille d'un Romanov, elle-même modiste, actrice ou modèle et ancienne épouse du couturier Lucien Lelong. Elle tombe enceinte, mais la grossesse ne peut être menée à son terme, ce qui plonge Cocteau et Paley dans un profond désarroi. Cocteau entretient ensuite une relation sentimentale de longue durée avec deux acteurs français, Jean Marais et Edouard Dermit, ce dernier officiellement adopté par Cocteau. Il aurait entretenu une relation avec Panama Al Brown, un boxeur dont il prend en charge la carrière à un moment donné.

En 1940, Le Bel Indifférent, une pièce de Cocteau écrite pour Édith Piaf, est un énorme succès. Il travaille également avec Picasso et Coco Chanel sur plusieurs projets, est l'ami de la majeure partie de la communauté européenne des artistes, et lutte contre son penchant pour l'opium durant la plus grande partie de sa vie d'adulte. Alors qu'il est ouvertement homosexuel, il a quelques aventures brèves et compliquées avec des femmes. Son travail recèle de nombreuses critiques contre l'homophobie. Jean Cocteau joue un rôle ambigu durant la Seconde Guerre mondiale, les résistants l'accusent de collaboration avec les Allemands, une partie de son passé (1939-1944) reste mystérieux.[1]

Cocteau est d'ordinaire assez réservé quant à l'affirmation de son engagement politique. Pendant l'Occupation, il fait montre d'un certain pacifisme ("L'honneur de la France, écrit-il dans son Journal du 5 mai 1942, sera peut-être, un jour, d'avoir refusé de se battre"), mais surtout, il n'hésite pas à accueillir Arno Breker, sculpteur officiel du Reich, lors de son exposition à Paris en été 1942.

« L'Allemagne nazie n'est pas non plus sans le séduire, surtout son chef, dont il se fait une représentation qu'il faut placer au musée des Hitler imaginaires. (...) Il est fasciné par l'idée du chef-artiste, politique tout-puissant en même temps que mécène et protecteur des arts, à la fois Napoléon et poète ("Chez Hitler, c'est le poète qui échappait à ces âmes de pions", écrit il en parlant des dirigeants français de l'avant-guerre). »
— Philippe Burrin, La France à l'heure allemande, Seuil, 1995, p. 352.

En 1941, la décision, par le préfet de police, d'interdire sa Machine à écrire est annulée par la Propaganda Abteilung, soucieuse de ne pas trop museler la muse française. Reste qu'à la Libération, il est rapidement acquitté par le Comité national du cinéma et le Comité national des écrivains, comités d'épuration devant lesquels il comparaît pour collaboration.

Les films de Cocteau, dont il écrit et dirige la majeure partie, sont particulièrement importants dans la mesure où ils introduisent le surréalisme dans le cinéma français, et influencent, dans une certaine mesure, le genre français de la Nouvelle Vague.

Quelques immenses succès firent passer pour toujours Cocteau à la postérité : Les Enfants terribles (roman), Les Parents terribles (pièce de théâtre de 1929), La Belle et la Bête (film de 1946). En 1960, l'artiste tourne Le Testament d'Orphée avec l'aide financière de François Truffaut.

Apprenant le décès de son amie Édith Piaf, Cocteau est pris d'une crise d'étouffement. Il succombe quelques heures plus tard d’une crise cardiaque dans sa demeure de Milly-la-Forêt le 11 octobre 1963 à 74 ans. Il est enterré dans la Chapelle Saint-Blaise-des-Simples à Milly-la-Forêt dans l'Essonne. Sur sa tombe, on peut lire l'épitaphe suivante : Je reste avec vous.



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