Le jardin des Boves a tout pour mériter le qualificatif d'extraordinaire. Avant tout parce qu'il est situé en plein coeur du centre historique d'Arras à 12 mètres sous terre. Mais surtout parce que ces anciennes carrières de craie du Xe siècle deviennent, à chaque arrivée du printemps, le théâtre d'une étonnante installation artistique. Un feu d'artifice visuel et sonore tout droit sorti de l'imagination fertile de Luc Brévart.
Cet artiste plasticien a, pour cette 7e édition, une nouvelle fois profité du fabuleux décor de pierre des Boves pour mettre en scène orchidées, lierre, fougères, feuillages, racines et fleurs hétéroclites. Cette année, il a décidé de décliner toute une série de jardins autour d'un thème commun : l'Art brut. Après avoir franchi la grille d'entrée et descendu quelques marches, le visiteur est accueilli par Monsieur et Madame Jardinier. Ces étranges personnages totem nous ouvrent la porte de leur maison de bric et de broc, nous conviant ainsi dans leur univers onirique où plantes luxuriantes et créations plastiques insolites font bon ménage. La majeure partie des installations, statiques ou animées, sont confectionnées à partir d'objets de récupération, alors détournés de leur vocation première. Assemblés, vieux pots d'échappement et éléments de machines agricoles donnent par exemple forme à des autruches d'un nouveau genre. Après tout, la quintessence de l'Art brut n'est-elle pas de créer un univers affranchi des codes esthétiques établis pour mieux laisser libre cours à l'imagination ? Les saynètes que l'on découvre racontent leur propre histoire. Une histoire que les décors et les bruits environnants nous aident à contextualiser. Car la scénographie donne la part belle à la musique qui délimite et agrémente chaque univers.
Éveil des sens
De bandes sonores diffusant les cris d'animaux de la ferme, on passe à une ambiance plus champêtre mêlant chants d'oiseaux et harpe. Nous voilà alors plongés dans un tableau romantique où les amoureux de Peynet sont réinventés. Plus loin, le changement d'univers est tout aussi radical. Cette fois, place au disco et aux jeux de lumières qui soulignent les courbes de statues chamarrées évoquant les ex-voto de Niki de Saint Phalle. Dans le couloir de surprenantes fleurs surdimensionnées se sont immiscées parmi leurs congénères, elles 100 % naturelles. Et parce qu'un jardin n'est rien sans sa cabane, le parcours se termine par une succession de caissettes en bois abritant des plantes de tous genres qui, profitant de cette intimité, bavardent de bon coeur.
Le si secret langage des fleurs serait-il enfin percé ?
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